Le rempotage

 Par Luc Vandermeulen

Pourquoi rempoter un bonsaï?

motifs sanitaires    motifs esthétiques 

Quand rempoter?    fréquence

Comment rempoter?  apprêter le matériel - préparer la poterie – dépoter le bonsaï

Travailler les racines  installer dans la poterie  précautions postérieures au rempotage

la première mise en pot   le transpotage.

 

Le rempotage est l’opération qui consiste à substituer la terre d’un bonsaï. 

On distinguera le rempotage d’un Bonsaï ou d’un pré bonsaï, dont le pain racinaire à déjà été travaillé, d’une première mise en pot suite à un prélèvement en forêt ou en pépinière ou d’un transpotage, suite à une intervention urgente et vitale.

Pourquoi rempoter  un bonsaï ?

L’observation de certains constats ou signes très significatifs imposent le rempotage.

Motifs sanitaires en général nécessaire:

– Le substrat est inadéquat (bonsaï de supermarché ) compact ou en « terre de jardin »,

– Le substrat n’est plus assez perméable car colmaté, délité et probablement appauvri,

– Le pain de racines se soulève « gonfle » et déborde du pot

– Les racines envahissent et « tournent » dans la poterie

– Le volume de la poterie est insuffisant pour équilibrer le cycle humidité/séchage de la motte en fonction des possibilités d’arrosage

– L’aspect des feuilles met en cause l’état sanitaire des racines probablement pourries

 Motifs esthétiques plus consensuels:

– L’arbre est installé dans un grand pot de culture pour stimuler la croissance
– L’orientation, la situation ou la hauteur de l’arbre doit être modifié dans la poterie car le bonsaï se développe et le volume des branches évolue.
– Le nébari peut être amélioré par un travail sur le pain racinaire
– L’esthétique du couple arbre/poterie peut être revu.
 

Dans tous les cas, il faut profiter de l’opération « rempotage » pour conjuguer toutes les interventions sur le substrat,le nébari, les racines et la poterie. 

Il est reconnu que l’arbre est fragilisé par l’opération de rempotage. Il est recommandé de bien fertiliser en engrais d’automne (forte teneur en potasse) les arbres promis au rempotage.

 

Quand rempoter un bonsaï?

 

En règle générale, le rempotage est réalisé à la fin de la période de repos de l’arbre. Il est recommandé de rempoter juste avant le réveil de l’arbre pour profiter du « démarrage de printemps ». En effet, les racines taillées qui alimentent branches et feuilles, fourniront moins de sève, et l’arbre, dans un soucis d’équilibre hydrique, produira moins de feuillage, limitant ainsi la surface d’évaporation. 

On rempote

  1. de préférence en fin d’hiver/début de printemps, entre le moment où les bourgeons gonflent et celui où ils s’ouvrent (débourrement)pour les feuillus. Pour les conifères, c’est au moment ou les aiguilles commencent à se former sur les chandelles. En général, les feuillus se réveillent avant les conifères.

Ce moment dépend bien sûr des conditions climatiques des régions et sera déterminé par observation. Tenir compte des prévisions météo afin de ne pas rempoter juste avant une grosse vague de froid.

  1. L’opération est possible durant une autre période de repos, en fin d’été/début d’automne, à la condition de les mettre à l’abri durant l’hiver pour les arbres installés à l’extérieur car ils sont fragilisés et plus vulnérables au gel. Cette reprise de fin d’été est moins puissante, mais permet d’intervenir en gagnant quelques mois plutôt que d’attendre mars suivant
  2. pour les tropicaux et sub-tropicaux, préférer la fin du printemps, voire le début de la période chaude de l’été. Mais là encore, repérer le cycle de l’arbre et intervenir juste avant l’émission d’une nouvelle pousse.

 Fréquence :

Elle est fonction la pousse de l’arbre liée en général à l’âge. Plus elle est importante en production de branches et par conséquent de racines, plus il faut rempoter souvent.

 tous les 1 ou 2 ans, pour les jeunes arbres

tous les 3, 4 voire 5 ans pour les arbres matures .

 En dehors de toutes règles, il est parfois nécessaire d’agir en urgence quand le diagnostique vital de votre bonsaï est engagé. Ils’agit là d’invoquer les esprits et d’appliquer, outre toutes les interventions développées dans cet exposé, la méthode dite du sac en plastique qui consiste à créer l’atmosphère confinée et humide de la serre de « forçage ». 

Dans tous les cas, il est conseillé de noter les années de rempotage pour constater que chaque arbre acquière un rythme personnel.

Comment rempoter un bonsaï?

Il faut s’organiser pour raccourcir la durée de mise à nue des racines et garder à l’esprit que les racines nues doivent impérativement rester humides constamment (pulvérisation indispensable). Il est conseillé de préparer toutes les opérations de qui peuvent être faites avant le dépotage et la mise à nu des racines sur une grande table installée à l’ombre. 

Apprêter le matériel nécessaire

  1. substrat ou mélange préparé et lavé en quantité suffisante; pas de substrat sec sur les racines.

Pour un arbre en formation, privilégier une grosse granulométrie qui favorisera le développement des radicelles. Plus l’arbre sera avancé en âge et dans sa construction, plus on diminuera la granulométrie du substrat. Je préconise de se reporter à un excellent papier sur ce sujet

  1. outils désinfectés à l’alcool: griffe une ou trois dents, baguette bois, spatule pour tasser le substrat,
  2. billot de bois pour poser la motte après dépotage
  3. jet d’eau pour nettoyer les racines des feuillus uniquement
  4. fil de fr pour maintenir l’arbre dans sa poterie,
  5. pâtes cicatrisantes pour les coupes des grosses racines
  6. pulvérisateur contenant de l’eau tempérée afin d’éviter le dessèchement de la motte et des racines . A utiliser régulièrement tout au long des opérations,
  7. ciseaux et pinces pour la taille des racines,
  8. nouveau pot si changement, sinon dépoter l’arbre et réserver à l’ombre en humidifiant sans toucher à la motte, nettoyer, désinfecter à l’eau de javel et préparer la poterie à réutiliser.
  9. grille(s) de drainage.
  10. Tiges de bois sec pour attacher les racines

Préparer la poterie

  1. Installer les grilles sur les trous de drainage
  2. Préparer les fils assurant la fixation correcte de l’arbre dans la poterie. Pour que cette opération soit réalisée au mieux, il est nécessaire de prédisposer au minimum deux fils par les trous de drainage pour maintenir l’arbre, (utiliser de fil de fer de diamètre inférieur à 1 mm qui se détruit dans le temps)
  3. Couvrir le fond de la poterie d’une couche de substrat (grosse granulométrie -5 mm- pour drainage mais pas indispensable),
  4. Prévoir un volume suffisant pour terminer le remplissage et la granulométrie requise à l’étape de culture de l’arbre.

Dépoter le bonsaï

On aura pris soin de ne pas arroser le bonsaï à rempoter pendant les 2-3 jours précédant le rempotage, car le substrat sec (s’il n’est pas argileux) est plus friable. Il sera plus facile à dégager des racines.

  1. Sortir l’arbre de son pot,
  2. Commencer par découvrir les racines visibles et enlever l’ancien substrat en partant du tronc vers la périphérie,
  3. Démêler les racines sur les côtés de la motte à l’aide de la baguette bois,
  4. Griffer le dessous de la motte pour libérer le chevelu,
  5. Sur les feuillus qui acceptent de passer par la mise à nu des racines, on pourra passer la motte sous un jet d’eau,particulièrement quand le substrat est très compact. Ceci aura pour effet de faciliter le démêlage des racines.

Pour les arbres sensibles comme les pins par exemple, on peut pratiquer des rempotages partiels, en changeant uniquement une partie de la terre à chaque rempotage (par exemple 2 ou 3 quartiers rayonnants de la motte que l’on remplace par du substrat neuf).

Mais il est impossible de ne casser aucune racine (les plus fines sont très fragiles). Il faut donc agir avec précaution et prévoir du temps pour mener l’opération à son terme.

  1. Brosser le nébari et retirer toute trace de mousse.

Travailler les racines et le collet (nébari) avec deux orientations: améliorer le collet et obtenir un pain de racines fines dense et ramifié.

  1. Commencer par couper les racines en mauvais état, disgracieuses et les racines mal placées,
  2. Conserver les grosses racines qui forment le collet au pied du tronc mais essayer de les raccourcir au maximum pour qu’elles ramifient
  3. Créer des incisions dans la zone sans racines, les enduire d’hormones et buter le collet avec un tampon de sphaigne. (ou marcoter) pour susciter le sortie de nouvelles racines
  4. Disposer les racines en rayonnant autour du collet (les haubaner avec du raphia)
  5. Raccourcir le pain racinaire dans son ensemble à l’aide des gros ciseaux en coupant après une radicelle bien orientée, mais en tenant compte de la masse racinaire déjà supprimée afin d’équilibrer avec le volume des branches; Une bonne connaissance des essences permet de maitriser la sévérité de la taille,
  6. Utiliser du mastic de cicatrisation sur les coupes des grosses racines 
  7. Saupoudrer les autres coupes d’hormone de bouturage pour faciliter la pousse des nouvelles racines.
  8. A la fin de la taille des racines, on obtient une motte compacte et relativement plate légèrement creuse en dessous, ce qui stabilise le pain racinaire.
  9. Pour les arbres sensibles comme les pins par exemple, on limitera la taille des racines. 

Les grosses coupes doivent être orientées en fonction des départs recherchés.  

pour les racines horizontales

couper en sifflet ; les départs

apparaîtront en bas de la coupe

 Pour les racines verticales, coupe horizontale afin de susciter le départ des ramifications tout autour du plan de coupe

 

Installer le bonsaï dans la poterie

  1. Jauger à quelle hauteur doit être disposé l’arbre et faire à ce niveau un monticule de substrat en vue d’épouser le dessous de la motte.
  2. Poser l’arbre puis le fixer avec les fils qui passeront sur des tiges de bois entrelacées horizontalement dans les racines (ceci évite d’étrangler les nouvelles racines). Il est très important que les fils soient bien serrés, l’arbre ne doit pas bouger. Il faudra peut-être protéger quelques racines en plaçant un morceau de caoutchouc entre elles et le fil pour ne pas les « étrangler ». Ces bois vont se décomposer dans le substrat.
  3. S’assurer que les racines ne soient pas en contact avec la poterie. Pour les racines un peu longue, les replier radialement sous le pain racinaire
  4. Rajouter du substrat et l’insérer dans les racines en s’aidant de la baguette bois qui, sous un air anodin, s’avère très pratique ; en piquant autour de la motte, on s’assure qu’il ne reste pas de vide. Combler de substrat et bien tasser, en laissant suffisamment d’espace entre la surface et le haut du pot en prévision du ruissellement de l’eau d’arrosage,
  5. Arroser abondamment, renouveler jusqu’à obtenir un écoulement traversant clair (toujours en pluie fine à travers pour ménager le substrat) truc- poser une toile de jute sur le substrat pour limiter l’entrainement des grains de surface-
  6. Après égouttage du substrat, possibilité d’apporter quelques gouttes de Tonus V ou autres vitamines pour stimuler la reprise

 Précautions postérieures au rempotage

Pendant le mois suivant le rempotage, l’arbre a besoin de soins particuliers pour garantir une bonne « convalescence » :

  1. S’assurer que l’arbre est bien fixé. En aucun cas il ne doit bouger (mais ceci est valable même en dehors des périodes de rempotage).
  2. Disposer à l’ombre et à l’air, mais à l’abri du vent et des courants d’air
  3. S’abstenir de déplacer l’arbre les deux premiers mois
  4. Arroser régulièrement sans excès de manière à ne jamais laisser sécher le substrat en profondeur,
  5. Utiliser un engrais foliaire vaporisé sur le feuillage et le tronc, ce qui améliore l’absorption de l’arbre en eau et en engrais pendant la repousse des nouvelles radicelles
  6. Protéger du gel (les gelées tardives sont particulièrement dangereuses),
  7. S’abstenir d’apporter de l’engrais avant 3 semaines/1 mois,
  8. En cas de problème de reprise, possibilité d’utiliser la technique dite du « sac plastique », pour obtenir l’atmosphère confinée d’une serre.

  PREMIÈRE MISE EN POT

 Il s’agit d’installer le volume minimum du système racinaire d’un arbre voué à devenir un bonsaï sans mettre sa vie en péril.

 La méthodologie est proche de celle du rempotage avec deux préconisations différentes:

Les racines conservées ne sont pas mises à nues et sont maintenues dans la motte d’origine pas « cassée »
– Le volume des racines taillées détermine les dimensions du contenant (bac de culture très aéré) en dehors de toutes règles de proportions.
 

TRANSPOTAGE

     Le transpotage est pratiqué quand la saison ne permet pas un rempotage dans les règles, il se pratique donc du mois de juillet au mois de mars, suivant les espèces.
Cette technique consiste à placer le bonsaï dans un pot plus grand et d’entourer la motte existante d’un substrat bien drainant afin de purger l’excès d’eau retenu dans le substrat d’origine, trop compact et d’inciter la pousse des racines en les plaçant dans les meilleurs conditions de développement.

 Mise en pratique:

 Utilisez un pot de dimensions supérieures à celui d’origine pourvu de trous de drainage.

  1. Fixez des petites grilles sur les trous de drainage et préparer des fils destinés à maintenir correctement l’arbre et sa motte en place.
  2. Disposez un lit de substrat, de pouzzolane u du sable grossier dans le fond du pot.
  3. Après avoir sortis le bonsaï de son ancien pot, faites tomber un maximum de l’ancien substrat sans trop défaire le pain racinaire. Si c’est de l’argile laisser tremper la motte quelque temps dans l’eau pour plus de facilité.
  4. Les racines sont pourries (noires, toutes molles),doivent être coupées.
  5. Posez la motte au centre du pot et fixez fermement votre bonsaï avec les fils mis en place auparavant
  6. Comblez le vide restant en laissant une partie de l’ancien substrat visible, pour contrôler l’humidité de l’ancien substrat.
    Si votre arbre présentait des signes de faiblesses avant transpotage, évitez de donner de l’engrais durant un mois. L’utilisation de tonus V, ou HB-101 dilué dans l’eau d’arrosage pourra, éventuellement, donner un petit coup de pouce à votre bonsaï. La mise en serre ou sous sac plastique et possible également. 

    Dans tous les cas, le transpotage ne remplace pas un rempotage dans les règles. N’oubliez donc pas de rempotez correctement votre bonsaï au printemps suivant, et profitez-en pour éliminer totalement l’ancien substrat.

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