Structurer les racines

 Par Luc Vandermeulen

SOMMAIRE

 Préambule

Comportement des racines

Le container de culture

Cas des plants prélevés

Plant de pépinière en motte

Plant de pépinière en conteneur

Plant prélevé dans la nature

Greffe des racines

  Préambule

Quelques actions drastiques doivent donc être mises en œuvre pour que notre prélèvement issu d’un plant de la forêt ou de la pépinière européenne puisse rentrer dans un de ces pots à bonsaï si peu profond. En général, deux approches différentes sont souvent pratiquées par le débutant:

l’une correspond au groupe des craintifs qui n’osent pratiquement pas supprimer la terre d’origine et l’autre, plus risque tout, coupe tout ce qui gène afin de faire rentrer le plant au plus vite dans le pot à bonsaï. Le premier groupe atteindra rarement son but et le second groupe se retrouvera souvent avec un arbre mort en sautant des étapes et en voulant atteindre son but beaucoup trop vite.

 En fait tous deux souffrent d’un cruel manque de connaissances sur le comportement des racines et par déduction des interventions à réaliser dans un temps donné.

Comportement des racines

Avant de commencer, il est primordial d’avoir une idée concrète de ce qu’est un système racinaire et de sa manière de fonctionner. Afin de ne pas faire trop compliqué et de rester compréhensible, disons que normalement le système racinaire de notre arbre doit répondre à deux objectifs:

Le premier est d’ancrer l’arbre dans le sol,
le second est de prélever l’eau et les nutriments du sol pour les envoyer vers les parties hautes de l’arbre.

L’activité la plus cruciale pour la vie et la santé de l’arbre se passe donc aux extrémités même des racines, dans les fines radicelles. Ces fines radicelles représentent environ 30% de la masse totale des racines, 90% des racines étant principalement dédiées à l’ancrage de notre arbre et environ 75% de la masse totale des racines se trouve au dessous du niveau du sol.

Pour obtenir un bonsaï, il faut entre autre, que la masse des fines radicelles deviennent plus importantes à terme que celles qui ont pour but d’ancrer l’arbre compte tenu de sa taille réduite. Stimuler correctement l’apparition de ces petites radicelles qui nourrissent l’arbre reste une constante afin d’obtenir une multiplication suffisamment importante pour remplacer les grosses racines qui deviennent superflues.

Au Japon, une partie de la production des pépinières est destinée au marché de la production du bonsaï, et les racines travaillées font parties des critères de choix des acheteurs. Ils ne rencontrent pas d’inextricables systèmes racinaires auxquels nous, occidentaux, sommes habitués sur les arbres provenant de nos pépinières non spécialisées en bonsaï.

On rencontre sensiblement le même problème sur les racines de plants prélevés dans la nature.

Le système racinaire propre au bonsaï reste le premier élément à améliorer et il doit bénéficier d’intervention maitrisée.

Nous savons aussi que replanter un arbre ou un plant interrompt le processus de développement des radicelles.. Une fois replanté, l’arbre continue son alimentation par l’inertie contenue dans le tronc, les branches et les grosses racines, celles-là mêmes que l’on s’évertue à supprimer. Par contre les radicelles, en grande partie disparues, doivent se reconstituer à partir de l’inertie contenue dans l’arbre pour devenir à nouveau efficientes. C’est un moment délicat pour l’arbre.

Le travail sur les racines sera donc exécuté en plusieurs étapes réparties sur plusieurs années et nécessitera plusieurs rempotages où chaque fois une taille sélective et rigoureuse des racines sera exécutée suivant un programme adapté; sans appliquer des recettes systématique consistant à supprimer X quantité de terre et Y pourcentage de racines sans réfléchir.

Enfin le choix de la période de taille est important. Il faut rempoter au « débourrement des bougeons » pour que les racines restantes après taille permettent au bonsaï de ne produire que la quantité de feuilles qu’elles peuvent alimenter. l’arbre s’auto-équilibre suivant le flux de production de la sève.

L ’eau pompée par les racines forment la sève brute elle est très diluée. Elle monte jusqu’aux feuilles où 90% de l’eau s ’évapore ; ce phénomène est rapide ( il suffit de 2 mm pour voir des feuilles un peu déshydratées se redresser après l’arrosage). Raccourcir les racines revient à ralentir (pour ne pas dire stopper) ce mécanisme. L’arbre vit donc les premiers jours après la taille des racines uniquement sur ses ressources propres. Il doit alimenter les branches et les bougeons en cours de débourrage, cicatriser les racines coupées et produire des radicelles pour survivre. On peut aider l’arbre en vaporisant les feuilles, les branches et le tronc avec une eau de pluie légèrement additionnée d’un engrais foliaire organique (¼ à ½ dose).

Les racines sont taillées suivant deux principes relevant du bon sens et du rationnel :

Quand les racines sont fines et très nombreuses, on les taille en laissant 1/3 de la longueur.

Quand les racines sont grosses et peu nombreuses, on les taille une par une quelques mm sous l’aisselle d’un radicelle.

Si la taille est importante, la répartition des racines l’est aussi. Sachant que deux racines qui se touchent, s’annihilent, il est crucial de bien les étaler sur le lit de substrat au fond de la poterie.

Enfin, comme on sait que les racines ont toujours tendance à s’allonger par leur extrémité et à ce diriger vers le bas, on peut intercaler des plateaux horizontaux sous les racines pour les obliger à s’étaler et former un pain racinaire plat. A ce sujet, un autre comportement de la racine doit être mis à profit. La racine contourne une surface lisse ; par contre, elle se divise quand elle rencontre une surface anguleuse: les granulats concassés sont donc plus propices à la ramification que les sables roulés. Par contre, les concassés sont plus agressifs que les sables roulés lors des dépotages.

Rappel pour l’utilisation d’hormones qui favorisent la naissance de racines sur des coupes ou des incisions profondes.

Container de culture

La première chose pas anodine est de se procurer ou de construire un contenant bien perforé sur les cotés et le fond. Préférer les passoires destinées à égoutter les pâtes, containers perforés destinés aux plantes pour bassins et étangs, pots de culture directement étudiés pour la production de bonsaï, car les contenants très perforés favorisent l’arbre à produire des fines racines en contraignant le développement de ces grosses racines lignifiées avec l’aide de deux éléments: l’air et la lumière.

  1. L’air car toute racine s’approchant ou sortant du périmètre des bords de notre pot va inévitablement s’assécher, impliquant du coup une division plus en arrière là où la racine est encore bien vivante.
  2. La lumière car lorsqu’une racine perçoit la lumière du soleil elle va se retirer du fait de la destruction des auxines. Il en résulte une production considérable de fines radicelles. Le développement des grosses racines est donc efficacement contré en continu dans ce genre d’environnement sans recourir à de grosses interventions qui choquent l’arbre.

Cas des plants prélevés

Dans le cas d’un plant prélevé en forêt, le système racinaire est très diffus; Nous en reparlerons plus tard

Plant de pépinière

Dans le cas d’un plant de pépinière, il est généralement très fourni et souvent complètement emmêlé, envahissant, et en grande partie inutile pour la création d’un bonsaï, car probablement un plant au feuillage mal développé, ignoré et abandonné depuis quelques temps. Finalement, que l’on soit armé d’une baguette chinoise ou d’une fourchette à racines, cette énorme boule de racines entremêlées restera impénétrable et sans espoir. Le stress engendré par le déchirement et l’arrachage des racines lors de la suppression de la terre laissera notre arbre dans un état de choc extrême duquel il ne sera presque surement capable de se remettre.

Les deux pires scénarios que l’on risque de rencontrer, lorsqu’on travaille à partir d’arbres de pépinières sont pour l’un, une motte de glaise dans laquelle sont emmêlées un chignon de racines et pour l’autre un enchevêtrement concentrique et étagé des racines, ces deux scénarios sont typiquement dus aux traitements infligés aux arbres de pépinières séjournant dans les étals.

Plant de pépinière en motte

Notre premier cas, la motte de glaise compacte provient d’un arbre mis sur le marché dont la motte est empaquetée dans une toile de jute. Ces arbres ont poussé dans un sol très lourd avec une forte teneur en argile.

La méthode consiste à gratter le dessus de la motte et supprimer la terre jusqu’à ce que les racines apparaissent. Alors, sans casser la masse racinaire, à l’aide d’une scie ou d’un couteau bien aiguisé, supprimer 1/3 de l’épaisseur, voire la moitié en volume de terre enchevêtrée de racines. L’arbre est ensuite planté dans la caisse, la passoire, le container ou le pot de culture approprié et il y reste 2 à 3 saisons sans y toucher pour développer un fin système racinaire

l’arbre est ensuite dépoté au printemps et les restes de l’ancien substrat, bien visibles dans le pain racinaire, sont à leur tour évacués. Les plus grosses racines sont taillées le plus court possible, ainsi il ne reste pratiquement plus que de fines racines ; à nouveau on rempote l’arbre dans son contenant pour 3 saisons, on n’y touche toujours pas. Ce processus peut être à nouveau répété. La totalité de l’ancien substrat pourra alors éventuellement être retirée et, à termes, toutes les grosses racines sont définitivement supprimées à l’exception de celles à la surface qui participent bien entendu au visuel du nébari du bonsaï, nébari qui peut être amélioré par la greffe des racines. En général, il faut 2 à 3 cycles de ce type avec le genre de pots préconisés pour que le nouveau système racinaire soit mis en place et que le plant puisse survivre dans un vrai pot à bonsaï. Une fois que le développement des fines radicelles est bien avancé, il est à nouveau possible de diminuer de manière significative l’épaisseur de la masse de l’ancien pain racinaire, après un premier cycle, on peut supprimer souvent 50% de cette masse.

Plant de pépinière en container

Quand les arbres de pépinières se trouvent dans des containers, on y trouve une motte centrale de glaise sans pourtant y retrouver le filet en toile de jute. Cela vient du fait que la plupart des arbres restent donc invendus et traînent plusieurs saisons en étant replantés dans des containers plus grands produisant un enchevêtrement concentrique et étagé des racines. Cette état est ennuyeux et difficile à résoudre car les racines encerclent le noyau plus ancien de plusieurs couches successives.

Dans les deux cas, il est nécessaire de remplacer la majorité de la structure racinaire en place au profit d’une autre plus adaptée, le problème le plus difficile à régler est l’enchevêtrement concentrique et étagé des racines, c’est par ce problème que nous allons donc commencer. Du fait de son développement en plusieurs couches, j’ai élaboré un traitement par étapes.

la première étape est décrite dans la partie précédente, c’est à dire que l’on dégage la partie supérieure jusqu’à ce qu’apparaissent les racines latérales puis à l’aide d’un bon couteau ou d’une scie on supprime un tiers voire la moitié de l’épaisseur totale de la masse de cet agglomérat de substrat et de racines. Cette coupe est faite horizontalement. Ensuite je conseille de mettre l’arbre dans un container de culture pour 2 ou 3 ans afin de développer un fin système racinaire qui lui permettra de survire aux prochaines épreuves qu’il devra endurer.

Au début de la 3ème ou 4ème saison l’arbre est sorti de son pot de culture perforé et on entame la suppression de l’ancien substrat qui date encore de sa culture en pépinière. C’est un travail assez délicat car le but est de supprimer le vieux substrat du milieu sans importuner les nouvelles racines vivant dans le nouveau substrat en périphérie.

Si l’arbre est traité comme il se doit lors du 1er rempotage, il aura développé une bonne masse de nouvelles racines dans son nouveau substrat. La meilleure manière de dénuder le noyau de racines emmêlées en son centre est de le traiter avec un jet d’eau à haute pression avec le tuyau d’arrosage. dans le nouveau substrat. Bien entendu le nouveau substrat ne doit absolument pas être enlevé et le moins possible dérangé.

Une fois cette étape terminée, le problème décrit plus haut est parfaitement visible. L’intérieur de la masse des racines aura l’apparence d’une série de nids d’oiseaux placés les uns dans les autres. Nous avons déjà établi que nous devons encourager le développement du fin système racinaire au détriment des grosses racines non productives, pourtant dans la culture du bonsaï des grosses racines en surface sont nécessaires pour obtenir l’impression d’un arbre vraiment mature bien que miniaturisé. Pour que le « nébari » comprenant le départ des grosses racines soit réussi, il faut que les racines soient disposées depuis le tronc comme les rayons d’une roue. On peut améliorer cette répartition par des greffes de racines.

Plant prélevé dans la nature

le système racinaire d’un plant prélevé dans la nature s’est développé naturellement sans contrainte . Les racines longues sont en général raccourcies pour l’arrachage et on se retrouve dans la situation des plans de pépinière mais avec un faisceau de racines moins important. On applique alors les rythmes et les principes de taille de racine évoqués ci avant les mieux adaptés.

Greffe des racines

C’est maintenant que l’on doit déterminer quelles sont les grosses racines importantes pour l’esthétique du nébari et quelles racines seront supprimées.

Dans le cas ou le nébari doit être amélioré, certaines des grosses et longues racines à supprimer pourront être réutilisées.

Quand la surface est marquée de vides ou de larges trous à combler, il sera possible d’y tenter une greffe à l’aide d’une des autres racines sélectionnées parmi celles à couper. Il faut avant tout bien localiser l’endroit où la racine va être placée, on y opère une incision à la base du tronc jusqu’à ce que la couche de cambium (couche d’un vert vif située sous l’écorce) soit touchée. Ensuite on approche la racine choisie pour la greffe de l’endroit où le cambium est apparent (attention la racine approchée de l’endroit n’est pas coupée, elle est seulement pliée en arc pour pouvoir s’approcher de l’endroit par le dessus ), ensuite on opère une découpe dans le cambium de la racine que l’on fixe en place à l’aide d’un fin clou ou d’une punaise appropriée. La greffe devra être hermétiquement scellée à l’aide d’un mastic adéquat.

Après cette opération, votre arbre aura une drôle d’allure avec des espèces de tentacules de pieuvre sortant du sol pour venir rejoindre un emplacement à la base du tronc. Une fois que la greffe aura pris, elle sera coupée assez près du tronc mais en laissant toutefois un petit morceau ressortir, ce n’est qu’une fois que ce petit morceau aura tout à fait séché qu’on pourra le couper à ras du tronc. Il est possible que cette opération prenne 2 ans . N’essayez pas d’appliquer cette technique à de trop grosses racines, il est préférable d’utiliser des racines un peu plus fines et bien plus flexibles, sur lesquelles les risques de casse sont déjà moins probables. Ensuite il faudra raccourcir ou supprimer la moitié des grosses racines qui ne sont nécessaires ni pour l’apport des nutriments ni pour le l’esthétique de notre arbre.

Après toutes ces opérations l’arbre est à nouveau placé dans un pot de culture et du nouveau substrat est ajouté là ou l’ancien à été supprimé. L’arbre restera dans cette position pendant 2 années au terme desquelles on répétera le traitement si nécessaire.

A ce stade il sera possible de mettre l’arbre dans un pot de bonsaï si les différents critères nécessaires sont atteints (réduction des aiguilles, réduction du feuilles et ramification avancée,etc…) si ce n’est pas encore le cas il est préférable de le remettre dans un pot de culture.

Texte tiré en grande partie d’un article de Vance Wood qui a autorisé la traduction et la publication de son article sur le site de Parlons Bonsaï

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